Madame Le Recteur, mesdames et messieurs les SG et DAASEN, cher-e-s collègues,
Le SNUPDEN-FSU souhaite vous faire part d’un ressenti collectif qui confine à l’exaspération et même au ras-le-bol au fur et à mesure des déclarations qui nous parviennent via les médias.
Dernier exemple en date, la déclaration du ministre sur les conseils de classe dont il faudrait repousser les dates, alors que nous faisons de notre mieux pour allonger au maximum le temps scolaire de nos élèves, tout en respectant les impératifs des calendriers de procédures très resserrés imposés par ce même ministre.
Nous savons pertinemment que, vous comme nous, apprenons beaucoup de choses, voire tout, via les médias, et qu’on nous demande ensuite de travailler dans l’urgence dans nos établissements sur des projets de textes dont nous n’avons aucune garantie qu’ils seront les textes définitifs.
Cela crée des tensions avec les personnels, cela génère du stress pour les équipes de direction qui n’ont pas besoin de ça en plus du reste, cela jette du discrédit sur nous, et sur l’Education nationale en général quand on s’aperçoit que les annonces ne correspondent pas à la réalité.
Par exemple, sur les mesures pour la classe de 6è :
Si mieux accompagner les élèves est unanimement partagé, la méthode imposée ne répondra pas à ce besoin. Comment peut-on annoncer aux parents que leurs enfants auront une heure de soutien / approfondissement, quand il n’y a aucune garantie que nous disposions des ressources humaines, ni des heures pour les mettre place ? Quand nous n’avons aucune garantie que nous aurons les moyens pour le faire en groupes réduits ?
La gestion des EDT pour mettre en place les alignements sera délirante pour créer les groupes de besoins.
S’ajoute la difficulté de comprendre le fonctionnement de devoirs faits d’abord obligatoire pour tous, ou finalement pas pour tous, mais quoi qu’il en sera, pas pour les enseignants.
Et que dire de la gestion de la technologie ? Supprimer un enseignement qui permettait très souvent aux élèves plus fragiles d’être en réussite et d’avoir une meilleure image d’eux-mêmes interroge. Dans le même temps, on nous annonce via twitter l’extension de Pix aux élèves de 6ème : avec quels moyens et avec qui ?
Autre exemple, la réforme du lycée professionnel : la fermeture envisagée de sections entières dans l’enseignement professionnel sous couvert de la volonté d’agir en fonction d’une adéquation à l’emploi local… l’enseignement professionnel n’a t-il pas une autre ambition que celle de fournir de la main d’œuvre locale disponible ? Le recours systématique à l’apprentissage, en réduisant drastiquement la partie consacrée à l‘enseignement général est symbolique d’une conception régressive de l’enseignement professionnel. Croit-on vraiment que les emplois ne vont pas évoluer en 43 ans ? Comment nos élèves, futurs travailleurs, seront-ils en capacité de s’adapter aux évolutions inéluctables de leur secteur d’activité ? Comment pourront-ils être mobiles, et professionnellement et géographiquement ? Seront-ils contraints de rester dans le même secteur d’activité toute leur vie simplement parce qu’ils l’auront choisi à 14 ou 15 ans, ou parce que tel est constitué le paysage professionnel local ? Même les entreprises ne peuvent cautionner cette évolution : si elles peuvent y trouver leur compte à court terme, la situation deviendra intenable à moyen et plus long terme, car elles ne disposeront plus de la main d’œuvre, des techniciens et des cadres dont elles auront besoin.
La fermeture de sections professionnelles pour la prochaine rentrée a été annoncée par les médias et donc aux familles, quelques jours avant la saisie des vœux d’affectation par les élèves de 3ème. Elle remet en cause le travail mené depuis des mois, parfois davantage, avec des jeunes qui ont construit un projet professionnel en allant aux journées portes ouvertes, en participant à des mini-stages ou des immersions, en échangeant avec les PSYEN et les professeurs principaux. Tout cela est balayé dans le mépris le plus total pour tous. Et que dire des annonces consistant à envoyer brutalement les PLP faire du soutien en 6ème ou à devenir PE ? Des bureaux des entreprises promis initialement dans tous les LP, et finalement le BO indique qu’il pourrait être mutualisé…
Pour nous, le SNUPDEN-FSU, l’Éducation nationale n’est pas un tetris©, les personnels ne sont pas interchangeables, ne peuvent servir à boucher les trous. Ils ont des qualifications et une expérience qui doivent être utilisées à bon escient : le respect des personnels, c’est aussi et avant tout le respect des élèves et du service dû aux usagers.
Venons-en maintenant au PACTE qui regroupe à lui seul tous les travers dénoncés depuis le début de cette déclaration, et même plus :
– des décrets et des circulaires d’application très tardifs, au mieux fin juin,
– des textes générateurs de tensions dans les établissements, entre enseignants, entre enseignants et direction
– des textes capables de casser les dynamiques qui existaient en faisant renoncer aux projets des personnels investis qui ne veulent pas entrer dans ce système de briques et de contractualisation
– des textes inadaptés au problème du remplacement : ce n’est pas boucher une heure de trou dont l’Ecole a besoin, c’est de recruter des enseignants titulaires, et cela ne se fera plus tant que la profession ne sera pas redevenue attractive aux yeux des étudiants. Dans mon petit collège, personne n’a demandé le poste vacant de technologie, nous avons eu la chance d’avoir un contractuel venu de Nancy Metz auquel il a fallu trouver un logement. Idem en allemand : un remplacement de congé maternité suivi d’un congé parental n’a pas été remplacé avant que l’on ne trouve une contractuelle cette fois niçoise, et elle aussi sans logement. Expliquez-nous en quoi le pacte aurait pu changer quoi que ce soit pour les élèves ?
– le pacte, c’est aussi du cynisme : Mme le Recteur, vous nous avez dit dernièrement que les PE étaient les spécialistes de la grande difficulté scolaire. Ils seront parfois exclus du Pacte s’ils sont en maternelle, parfois moins payés que les professeurs du 2nd degré. Est-ce normal ? M. le Secrétaire Général, vous nous avez dit qu’un professeur était libre de ne pas accepter le pacte, mais il ne sera alors payé que 40 euros contre 69 euros pour la même heure. N’est-il pas choquant de forcer la main des personnels et de profiter ainsi de la paupérisation des enseignants français relevée par le Figaro lui-même ? Si le pacte était si séduisant, auriez-vous besoin de nous donner cet élément de langage pour convaincre nos équipes ?
C’est vers d’autres solutions qu’il aurait fallu se tourner : renforcement du nombre de TZR dont la diminution drastique a servi à camoufler les milliers de suppressions de postes de ces dernières années par exemple. Dans tous les cas, seul un recrutement massif permettra d’assurer réellement le remplacement des enseignants. La promesse faite à la Nation par Monsieur le Président de la République de remplacer tous les enseignants à la prochaine rentrée ne pourra pas être tenue !
Nous finirons avec la situation des PERDIR. Parce que, vous le savez, notre charge de travail augmente d’année en année (PIAL, certifications dont l’inflation fait perdre le sens à ces évaluations, et maintenant PACTE, …), au détriment du travail de terrain auprès des élèves et des familles.
Il est plus que temps d’abord de réduire les demandes institutionnelles dont l’empilement fait perdre le sens de ce qui est demandé et le sens de notre métier. Il est plus que temps ensuite de revaloriser les PERDIR. Pas par des primes, qui sont par essence volatiles et qui ne comptent pas pour les retraites. Pour l’anecdote, j’ai vérifié hier le reclassement d’une lauréate du concours PERDIR, agrégée, classe exceptionnelle. Elle va renoncer au concours car le changement de corps lui fera perdre à la retraite 750 euros par mois …
L’ouverture de la classe exceptionnelle pour les enseignants, après l’augmentation du taux de leur passage à la HC va finir par faire des PERDIR les personnels de catégorie A les moins bien payés.
Alors que les professeurs auront une revalorisation de 100 à 230 euros par mois sans qu’il leur soit demandé de travailler plus, les PERDIR vont avoir droit à une mirobolante prime de 1000 euros pour la mise en place du Pacte. C’est trop, n’en jetez plus !
Si vous voulez éviter que le corps des PERDIR connaisse à son tour une crise de recrutement, il va falloir d’urgence réagir en redonnant du sens à nos missions, en nous donnant le temps de les mener à bien (et nul besoin de PACTE pour cela), et en nous payant à la hauteur de nos responsabilités et de l’engagement qui est le nôtre.